La puissance de l'opinion.
La période aidant, la question de la réforme régionale est présente partout. Pas seulement en Bretagne. A tel point que les sites maville.com ont ouvert des forums au sujet de la réorganisation administrative dans l'ensemble de la Bretagne (lien) ainsi que dans les départements non bretons de la région administrative des "pays de la Loire" (Angers, Le Mans, La Roche sur Yon).
Malgré tous les biais de compréhension que ce moyen d'expression occasionne, certains constats s'imposent.
- sur les forums bretons, comme sur les forums précédents à ce sujet (notamment à Nantes), une très large majorité des commentaires est en faveur de la Réunification et les arguments pleuvent. Les opposants, noyés dans la masse, se débattent pour essayer de faire passer la Réunification comme passéiste ou communautariste (quand ce n'est pas anti-européenne...).
- à Angers, la Réunification de la Bretagne semble acceptée. Les personnes s'exprimant acceptent quasiment toutes l'identité bretonne du Pays Nantais et la légitime Réunification. Ils sont plus perplexes quant à une grande région "val de Loire" qui ne vaudrait peut-être pas mieux que "pays de la Loire". Certains parlent de Maine-Anjou uniquement (il est vrai que la taille d'une région administrative n'est pas nécessairement proportionnelle à sa prospérité...), ce qui tient la route. D'autres évoquent une Bretagne élargie à l'Anjou, idée généreuse mais irréaliste : les Bretons ne peuvent l'accepter...
- à la Roche sur Yon, la population n'a pas l'air d'avoir oublié qu'elle est poitevine (Vendée = Bas-Poitou) et semble accepter une région Poitou-Charentes-Vendée sans difficultés et même un Poitou-Charentes incluant la Vendée sans la nommer : c'est logique, la Vendée fait partie du Poitou !
A lire tous ces commentaires, ce qui ressort de manière générale c'est que les "pays de la Loire" n'existent pas ! Les populations administrées ne l'intègrent pas. La Réunification de la Bretagne est non seulement acceptable mais aussi inéluctable pour les habitants des départements non bretons des "pays de la Loire". Les commentaires en Bretagne plaident dans une outrageuse majorité en sa faveur, les opposants de Loire-Atlantique sont peu nombreux et littéralement histériques (défense désespérée...), ceux de la région Bretagne sont plus calmes et sont d'un altruisme à couper le souffle puisque l'argument principal traite de l'abandon des départements voisins. Mais ont-ils réfléchi avant de considérer les Angevins, les Vendéens et les Manceaux comme des enfants, incapables de se débrouiller tous seuls ?

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Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, n'hésitait pas à afficher les couleurs tibétaines lors de la visite du Dalaï Lama, chef religieux tibétain, à Nantes en 2008. Celui-ci a longuement écouté les revendications tibétaines avant de s'insurger contre la répression chinoise au Tibet, qui se manifeste par le non respect de l'intégrité territoriale, l'acculturation et une colonisation ethnique. Il est en revanche moins enclin à afficher le Gwenn-ha-Du et à s'élever contre le non respect de l'intégrité territoriale bretonne (par éviction du Pays Nantais) et l'aculturation forcée de la Bretagne ces deux derniers siècles... La réalité est que monsieur Ayrault ne veut pas entendre parler de Bretagne. Lui, il veut le "grand ouest", un grand arrière-pays complètement dédié à Nantes. Les "pays de la Loire" importent peu, ce qui compte c'est que Nantes devienne la super-préfecture de l'ouest, au détriment de Rennes, l'inquiétante cité qui, si la Bretagne était réunifiée, pourrait en être la capitale... Un maire de Nantes pourrait-il supporter d'être l'homme faible qui aurait laissé faire ça ? Pas JMA en tout cas ! Lui, il peut réunifier le Tibet !
Daniel Delaveau, maire de Rennes, n'est pas favorable à la Réunification (pas vraiment contre non plus, Rennes n'est pas loin de la Normandie...), comme tout maire de Rennes qui se respecte... Il prétend vouloir intensifier la coopération Nantes/Rennes (on attend toujours...) dans le cadre d'un équilibre entre les deux métropoles. La logique est simple : Nantes étant la plus grande ville de Bretagne, si celle-ci était réunifiée, elle risquerait d'en devenir la capitale. Pas acceptable pour un maire de laisser sa ville perdre son omnipotence sur la Bretagne. Donc en dépit du positionnement du Conseil Régional de Bretagne (dont Rennes devrait être la meilleure représentante...) et du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine en faveur de la Réunification, les maires de Rennes font cavaliers seuls en Bretagne. S'ils ne se positionnent jamais vraiment contre, pour ne pas vexer les électeurs, ils la retardent tant qu'ils le peuvent, espérant ne plus être sur le trône quand Rennes devra déconcentrer une partie de l'administration bretonne.
Quant à monsieur Auxiette, président de la région "pays de la Loire", il est objectivement extremiste. Mais peut-on sérieusement lui en vouloir ? La Réunification de la Bretagne aboutira mécaniquement à la dislocation des déjà très lâches "pays de la Loire". Se pose alors le problème de sa carrière : s'il est inenvisageable qu'il se présente en Bretagne, il ne pourra pas non plus barrer la route à Ségolène Royal, sa camarade de parti, en Poitou-Charentes-Vendée. Restent le Maine et l'Anjou qui n'ont sans doute pas particulièrement de griefs contre lui. Mais ces deux entités pourraient être rattachées à un Centre-Val de Loire dans lequel Auxiette aurait bien du mal à s'imposer, lui, le natif du Berry ayant grandi en Auvergne et enseigné en Vendée. On comprend encore mieux son inaptitude à comprendre la Bretagne et donc le Pays Nantais après avoir lu son CV... Il se positionne ainsi dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Jean-Luc Harousseau, François Fillon et Olivier Guichard, tous hostiles à la Réunification, pour les mêmes raisons.
En 2007, la réforme de cette carte fut symbolisées par la formule « une région, une Cour d’Appel », ce qui allait inévitablement aboutir au rattachement de la Loire-Atlantique à la Cour d’Appel d’Angers. Les juristes du Pays Nantais ont manifesté leur indignation avec force et Rachida Dati a dû reculer et annoncer sur le parvis du Parlement que la Bretagne judiciaire ne bougerait pas.
Cependant, le comté de Nantes fut un temps dirigé par les Francs, maîtres de la Neustrie depuis peu. Au cours du VIe siècle, l’influence politique bretonne commence à s’y étendre, d’abord en Brière, où les Bretons fondent Guérande. Si Charlemagne portera un coup d’arrêt temporaire à cette montée en puissance, la Bretagne deviendra très puissante et, défait, le roi franc Charles le Chauve ne pourra que reconnaître bretons les Pays Nantais et Rennais en l’an 851.
Les épisodes de l’histoire occasionnés par les invasions normandes, la Guerre de Succession de Bretagne, le Traité d’Union de 1532 n’y changeront rien : le pays Nantais est demeuré breton et s’est érigé en centre névralgique principal de la Bretagne. En témoignent l’importance de places comme Clisson, Machecoul, Guérande, Ancenis, Châteaubriand et surtout le Château des Ducs de Bretagne de Nantes.

