Quand la mégalomanie prend le pas sur l'humanité.
Titre un peu offensif, pour un article traitant des opposants notoires à la Réunification de la Bretagne. Je veux parler des maires de Nantes et de Rennes et, dans une moindre mesure, du président de région des "pays de la Loire".
Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, n'hésitait pas à afficher les couleurs tibétaines lors de la visite du Dalaï Lama, chef religieux tibétain, à Nantes en 2008. Celui-ci a longuement écouté les revendications tibétaines avant de s'insurger contre la répression chinoise au Tibet, qui se manifeste par le non respect de l'intégrité territoriale, l'acculturation et une colonisation ethnique. Il est en revanche moins enclin à afficher le Gwenn-ha-Du et à s'élever contre le non respect de l'intégrité territoriale bretonne (par éviction du Pays Nantais) et l'aculturation forcée de la Bretagne ces deux derniers siècles... La réalité est que monsieur Ayrault ne veut pas entendre parler de Bretagne. Lui, il veut le "grand ouest", un grand arrière-pays complètement dédié à Nantes. Les "pays de la Loire" importent peu, ce qui compte c'est que Nantes devienne la super-préfecture de l'ouest, au détriment de Rennes, l'inquiétante cité qui, si la Bretagne était réunifiée, pourrait en être la capitale... Un maire de Nantes pourrait-il supporter d'être l'homme faible qui aurait laissé faire ça ? Pas JMA en tout cas ! Lui, il peut réunifier le Tibet !
Daniel Delaveau, maire de Rennes, n'est pas favorable à la Réunification (pas vraiment contre non plus, Rennes n'est pas loin de la Normandie...), comme tout maire de Rennes qui se respecte... Il prétend vouloir intensifier la coopération Nantes/Rennes (on attend toujours...) dans le cadre d'un équilibre entre les deux métropoles. La logique est simple : Nantes étant la plus grande ville de Bretagne, si celle-ci était réunifiée, elle risquerait d'en devenir la capitale. Pas acceptable pour un maire de laisser sa ville perdre son omnipotence sur la Bretagne. Donc en dépit du positionnement du Conseil Régional de Bretagne (dont Rennes devrait être la meilleure représentante...) et du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine en faveur de la Réunification, les maires de Rennes font cavaliers seuls en Bretagne. S'ils ne se positionnent jamais vraiment contre, pour ne pas vexer les électeurs, ils la retardent tant qu'ils le peuvent, espérant ne plus être sur le trône quand Rennes devra déconcentrer une partie de l'administration bretonne.
Quant à monsieur Auxiette, président de la région "pays de la Loire", il est objectivement extremiste. Mais peut-on sérieusement lui en vouloir ? La Réunification de la Bretagne aboutira mécaniquement à la dislocation des déjà très lâches "pays de la Loire". Se pose alors le problème de sa carrière : s'il est inenvisageable qu'il se présente en Bretagne, il ne pourra pas non plus barrer la route à Ségolène Royal, sa camarade de parti, en Poitou-Charentes-Vendée. Restent le Maine et l'Anjou qui n'ont sans doute pas particulièrement de griefs contre lui. Mais ces deux entités pourraient être rattachées à un Centre-Val de Loire dans lequel Auxiette aurait bien du mal à s'imposer, lui, le natif du Berry ayant grandi en Auvergne et enseigné en Vendée. On comprend encore mieux son inaptitude à comprendre la Bretagne et donc le Pays Nantais après avoir lu son CV... Il se positionne ainsi dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Jean-Luc Harousseau, François Fillon et Olivier Guichard, tous hostiles à la Réunification, pour les mêmes raisons.
On devine donc que l'hostilité manifestée par les dirigeants de ces trois collectivités locales n'a pas grand chose à voir avec les idées ou l'écoute des citoyens, mais bien plus avec l'ambition politique de ceux-ci. C'est donc le mauvais fonctionnement de la démocratie qui a vérouillé pendant tant d'années le processus de Réunification. Les enjeux sont clairs : un dirigeant qui perdrait le statut de capitale de Rennes, qui ferait s'incliner Nantes devant Rennes ou laisserait la région des "pays de la Loire" imploser verrait son prestige en prendre un sacré coup. Ajoutez à cela l'idéologie "grand ouest" qui voudrait fabriquer une super-région en considérant uniquement sa localisation par rapport à Paris. Cela permettrait de ne plus reconnaître l'existence même de la Bretagne, rêve de tout jacobin, et d'effacer toute particularité locale.

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Article très intéressant.
Cordialement.
Yves-Alain
Yves-Alain LE GOFF | 2009-02-22 - 13:01:07 GMT 1 #